Vighjaneddu, comme l’ont été Tallone, Vicu pendant la période précédente, est en quelque sorte le symbole et l’aboutissement d’un processus, celui qui consiste, pour ceux qui produisent des déchets, à les rejeter le plus loin possible de leur lieu de vie, et à les mettre “sous le tapis”.
Les déchets ne doivent pas « déranger » la population qui les crée, qu’elle soit résidente ou touristique.
Le principe a été toujours le même : créer des petites décharges pour la population d’une micro-région, puis, faute de partage de la charge, extension de ces centres d’enfouissement pour accueillir les déchets des régions les plus productrices.
L’augmentation de la consommation, donc de la masse totale, a entraîné rapidement le blocage du système du fait de la saturation rapide des sites et de l’exaspération des habitants des régions concernées.
Autre conséquence directe ; l’explosion des coûts de transport et enfouissement (2 fois la moyenne nationale), la circulation permanente de camions avec une pollution maximale, la maitrise des flux financiers par le secteur privé.
Et la mise en difficulté de rughjoni qui progressivement sont vus comme « territoires de déchets », avec des conséquences dramatiques sur leur potentiel de développement  qui s’ajoutent à la dégradation de leur qualité de vie.
En autorisant Vighjaneddu 2 et Ghjuncaghju, l’Etat entérine la perpétuation de ce système, la défaillance du tri à la source, pourtant obligatoire (objectif légal de 65% de valorisation des matières issues du tri en 2025 – LTECV Art 70), et le recours à des systèmes industriels de type TMB avec ou sans CSR, dénigrés par la même Loi elle-même, et non subventionnables. Il contredit ses propres lois et celles de l’Europe en permanence, au nom de l’urgence.

Comment en sortir ?
– En actant comme priorité absolue le tri à la source des biodéchets.
– En facilitant et rémunérant le geste de tri.
– En favorisant tous les traitements déconcentrés et localisés des déchets par de petites unités de transformation pour limiter strictement les transports.
– En considérant les déchets comme des ressources, et en traitant chaque matière issue du tri de manière séparée (verre), ou en synergie quand c’est nécessaire (déchets organiques/déchets verts/carton).
– En bâtissant une économie circulaire autour de la réparation, de la réutilisation (consigne) et du recyclage
– En partageant entre les territoires de l’île la charge des déchets résiduels ultimes.
Mais aussi, ce qui n’a pas été encore développé (sauf sur les sacs plastiques…il y a 30 ans grâce à Festiventu), en déployant une politique de prévention (eau), de modification de la conception des produits en amont et des pratiques de la grande distribution. Et en remplaçant dès que c’est possible la propriété par l’usage.
Il n’est pas nécessaire de faire des plans territoriaux de 800 pages pour avancer, il faut définir les lignes directrices claires et de vrais choix politiques, mobiliser les volontés, clarifier les compétences, mettre à disposition de toutes les intercos qui n’on pas suffisamment d’ingénierie en interne une équipe dédiée de la CDC, composée de techniciens expérimentés ayant déployé le porte à porte dans d’autres territoires.
Rappelons que l’Assemblée de Corse a voté en Mai 2016 un Plan de gestion sur 5 ans allant dans le sens du tri généralisé, qui (sauf exception) n’a jamais été pris en compte par les intercommunalités et le Syvadec. Nous avons donc perdu 5 ans, ce qui a permis à des opérateurs privés de prendre la main sur nos déchets.
Dans le même temps, nos voisins les plus proches ont dépassé les 70% de tri.

La période transitoire
1) Pour nous, il est impossible d’envisager la création de nouveaux centres de stockage si la question de l’écartement des biodéchets n’est pas résolue en amont.
Il est exclu d’obliger à nouveau des régions de notre île et d’abord à ceux qui y vivent, à se « sacrifier » pour enfouir des déchets en vrac (pratique désormais illégale au sens de la LTECV de juillet 2015, et de la Directive européenne du 30 mai 2018), pratique qui perdure malheureusement en Corse : le rural ne peut plus être « l’exutoire ». La mise en route effective et rapide du tri, par TOUTES les intercommunalités, sera accompagnée (dès maintenant compte tenu des délais prévisibles) de la recherche de nouveaux centres de stockage de déchets résiduels stabilisés par la mobilisation des EPCI. La charge de ces centres devra être partagée par  les différents territoires, au plus près des centres de production de déchets, au contraire de la situation actuelle : la charge de l’enfouissement répartie sur 2 territoires, Vighjaneddu et Fium’orbu, n’est plus acceptable.

2) Nous sommes résolument favorables à la gestion publique des déchets, de A à Z, y compris pour les transports et le stockage, de façon à éviter toute dérive et obtenir un « coût acceptable » pour les usagers. Il faut donc revoir l’organisation actuelle.

3) Les structures de type TMB / CSR avec brûlage de déchets sont à exclure, car non conformes à la Loi qui reconnait leur inefficacité (dimensionnement, biodéchets), de leur coût en investissement et fonctionnement, de leur dangers pour la santé et l’environnement ; sachant qu’au final, il reste des déchets à enfouir, qui seront devenus encore plus toxiques par brûlage.
On ne pourra pas s’exonérer d’une réflexion plus globale sur l’importation des produits de base, sur la continuité territoriale et ses effets, sur le développement des  productions alimentaires  locales en circuit direct.

Ecologia Sulidaria

Lire toutes nos conférences de presse

Recommended Posts