Vous avez souhaité connaître notre positionnement en tant que candidats et futurs élus territoriaux qui auront la charge de préserver et développer notre environnement. Vous trouverez ci-dessous les réponses élaborées avec l’aide deux architectes DPLG qui figurent sur notre liste, François Casalonga et Martine Bedin. La première partie développe point par point chacune de vos questions, et propose une référence directe aux différents chapitres de notre programme dont vous pourrez consulter le détail sur notre site www.ecologia-sulidaria.corsica. La seconde, tribune de Madame Bedin, brosse le tableau, d’ordre plus général, d’un paysage architectural global.
Nous souhaitons, lorsque nous serons élus, créer un espace de discussion avec les architectes et urbanistes sur un projet architectural pour la Corse, dans le cadre méditerranéen, pour prolonger l’indispensable discussion sur la dégradation paysagère de la Corse, et les remèdes à mettre rapidement en œuvre, avant dégradation complète du paysage.

Mal-logement
1. En Corse il est de plus en plus difficile de se loger dignement. La précarité énergétique, la hausse inconsidérée des prix du marché, la carence en logement social ou encore la crise sanitaire sont autant de révélateurs d’inégalités. Quelles mesures envisagez-vous pour lutter contre le mal-logement, faciliter l’accès à tous à un logement de qualité ?

Oui, les logements que nous produisons sont de plus en plus petits, ils manquent d’espaces communs, sont refermés sur eux-mêmes, sont déconnectés de la vie urbaine (commerces de proximité, transports en commun, équipements publics, etc.).
Mais qui est fautif ? Aux occupants qui n’ont pu trouver mieux avec leur budget ? Aux promoteurs qui « répondent au marché », donc à la demande des futurs occupants ? Aux banques qui refusent les prêts des moins fortunés et entraînent la course à la réduction des superficies ? Aux vendeurs de foncier qui cherchent le meilleur prix et ne s’intéressent pas au projet en aval ? Aux Mairies qui délivrent des permis de construire sans une réflexion globale des impacts ? À l’empilement sans fin des réglementations qui, avec la réduction des surfaces, réduisent la conception des logements à quelques plans types et ont acté la disparition des cuisines dans les logements collectifs.
À tout le monde à la fois et, contrairement aux idées reçues, le promoteur n’est pas plus fautif que les autres : il joue simplement le rôle que nous lui avons nous-mêmes donné : produire des logements dans un cadre législatif donné et selon les conditions du marché.
Au jeu de la recherche du responsable, il faut mentionner tout particulièrement le vendeur du foncier qui, dès l’origine, en cherchant le meilleur prix de vente, déterminera la catégorie sociale des acheteurs et contribuera à la pression foncière déjà insupportable dans certaines microrégions.
La question est donc structurelle et ne peut se résoudre durablement que part une remise à plat du process de production du logement. Il serait opportun de considérer le logement non plus comme un produit financier soumis à un marché, mais comme un bien d’intérêt général.
Dans le cadre régional et des moyens d’action de la CdC, la question N°2 sur le logement social, à laquelle bien sûr nous répondons oui, est un moyen de réactiver le rôle correctif des bailleurs sociaux.
Point 1.6 de notre programme

Logement social
2. La loi ELAN a libéré le secteur du logement social de l’obligation du concours d’architecture, mais ne l’interdit pas pour autant. La VEFA (Vente en l’État Futur d’Achèvement) est le principal mode de production de l’habitat social. Elle fait primer une logique financière privée sur une logique d’intérêt général. Afin de garantir une qualité de projet, une politique systématique de concours d’architecture, en dépit de la loi ELAN, pourrait-elle être impulsée par la CdC via l’Office Foncier ou l’Office Public de l’Habitat par exemple ?
Outre les réflexions ci-dessus, le recours à la VEFA est effectivement un contresens total : il n’y a plus aucune différence de conception entre les logements privés et les sociaux et c’est un nivellement par le bas qui s’est opéré. Oui, la CDC pourra demander aux bailleurs sociaux de recourir systématiquement aux concours d’architecture.

Marchés publics
3. Les procédures type PPP (partenariats publics-privés) ou contrats globaux ne favorisent pas la qualité architecturale et ne sont pas au service de l’intérêt général. Seriez-vous prêt, au sein de la Collectivité, à lutter contre ces dispositifs en privilégiant la maîtrise d’ouvrage publique ?
Les PPP ont été utilisés en Grand Bretagne depuis 1992 et en 2018, le gouvernement les abandonnait : ils sont trop rigides, nécessitent une grande compétence des Maîtres d’Ouvrage pour en maîtriser les enjeux juridiques, financiers et programmatiques, ne conduisent pas à la qualité, sont très très chers, etc. Sommes-nous moins intelligents que les Anglais, qui ont quand même mis 26 ans à comprendre leur erreur ?
Il existe une procédure plus équilibrée : le dialogue compétitif. Elle est organisée selon plusieurs phases de dialogue avec le Maître d’Ouvrage où le projet est petit à petit détaillé et chiffré. Lorsque cela se passe bien, il y a un réel échange entre les concepteurs architectes et les entreprises qui échangent leur savoir-faire. Il est ainsi possible de proposer des solutions économiques, pertinentes et intelligentes.

PADDUC
4. Le constat des difficultés concernant la mise en application du PADDUC est unanime. L’élaboration des documents d’urbanisme s’en retrouve grandement complexifiée. On constate par ailleurs des effets inverses de ceux recherchés, une augmentation de la pression foncière sur certaines communes qui n’en souffraient pas, ou au contraire une croissance anormale des autorisations de construire due à l’incertitude quant au futur statut de nombreux terrains. Comment envisagez-vous de le faire évoluer ?
Réponse dans les points 1.6.5 et 2.6.3 de notre programme

Vulnérabilité aux aléas et conséquences pour le littoral
5. La vulnérabilité aux aléas, révélée par les événements climatiques type crues, inondations, vagues-submersions, mais aussi montée des eaux, érosion, recul du trait de côte… fait désormais partie de notre actualité. L’urbanisation violente et l’amnésie géographique sont souvent dénoncées. Des pansements ponctuels apparaissent ici et là : géotubes, sacs de sable… Seriez-vous prêt à anticiper le changement par des prospectives rétro-littorales (déconstruire et transformer là où ce sera nécessaire) et repenser le littoral comme un bien commun ?
Oui, voir le point 1.1.2 de notre programme

Régulation des surfaces commerciales 

6. Le modèle hérité de la grande distribution encourage l’étalement urbain, l’utilisation de la voiture et la saturation des axes routiers, entraînant la dégradation de notre environnement. Il nourrit la dépendance à l’importation et pousse à l’artificialisation massive des terres. Quel modèle alternatif proposez-vous ?
La fondation Coppieters a réalisé en 2019 une exposition sur les centres commerciaux en Corse. Les résultats sont édifiants : la région a une densité de zones commerciales largement (65 %) supérieure à la moyenne nationale. Cette dernière étant déjà en tête des pays d’Europe. (https ://www.corsenetinfos.corsica/Centres-commerciaux-La-Fondation-Coppieters-met-en-scene-l-impact-de-ces-zones-de-non-lieux_a45449.html)
Au-delà des chiffres, c’est un modèle de développement urbain, de mode de vie qui nous est imposé au détriment des centres-villes et des villages. L’exemple d’Aiacciu est caricatural et les dégâts réalisés ne pourront être réparés avant plusieurs décennies. L’Allemagne a conduit une politique très différente : l’implantation de zones commerciale n’est autorisée que s’il est démontré qu’elles ne nuisent pas au tissu commercial existant.
Il serait donc possible de reprendre l’exemple allemand (voir https://www.courrierdesmaires.fr/63757/quand-lallemagne-defend-ses-centres-villes-contre-lunion-europeenne/)
Voir le point 4.1.3 de notre programme

Développement raisonné.      
7. Le tourisme représente près d’un tiers du PIB insulaire ; tel que pratiqué actuellement en Corse, ce secteur contribue à de nombreux phénomènes délétères pour la société : augmentation de la pollution, des déchets, détérioration du patrimoine paysager, surfréquentation de sites fragiles, inconvénients de la forte saisonnalité… Le tourisme de masse est profondément incompatible avec une société entretenant un rapport harmonieux avec son environnement. Quelles mesures prendrez-vous pour tendre vers un tourisme raisonné ?
Voir le point 4.4 de notre programme

Nouveau port et stratégie de transports
8. Comment vous positionnez-vous par rapport aux différents projets à l’étude pour le futur port de Bastia : port de la Carbonite, Portu Novu, extension du port actuel ? Ou envisagez-vous un autre projet, ailleurs ? Comment l’intégrez-vous dans une stratégie de développement du transport à l’échelle du territoire ?
Au début des années 2000, Edmond Simeoni, sur son blog, écrivait qu’avant de se prononcer pour ou contre le nouveau port de Bastia il fallait d’abord se poser une question : à quoi servira-t-il ? Les dossiers, rapports et analyses prospectives réalisées par la CDC ne répondent pas à cette question première. On y parle d’impératif de sécurité (c’est une évidence depuis le dernier accident) et d’accroissement inéluctable de la taille des bateaux et du trafic maritime avec force courbes et diagrammes. Mais rien sur l’utilité pour la Corse d’une augmentation du nombre de touristes, de la plaisance et du fret (pour qui ? et qui vient d’où : continent, Italie ?).
Notre choix politique consiste à refuser les projets de nouveau port, car leur objectif est le « toujours plus » de tourisme, de marchandises. Or la « capacité de charge » de la Corse est limitée, et nous devons réorienter le tourisme vers un modèle soutenable plutôt que faire croître le nombre de visiteurs, que nous ne pourrons plus accueillir en raison des limites naturelles de l’île (ressources en eau, sites fragiles, dépendance aux importations).
Voir les points 4.1.3, 4.2.2 et 4.2.3 de notre programme

Économie circulaire, circuits-courts et développement des filières
9. Comment comptez-vous, dans le secteur du bâtiment notamment, promouvoir et soutenir le recyclage, le réemploi des matériaux, le traitement des déchets ? Comment participerez-vous au développement des filières locales pour limiter les importations de matériaux et favoriser les circuits-courts, les ressources et savoir-faire locaux ?
Il faut commencer par appliquer la LCETV (2015) et la Loi AGEC de 2019 pour parvenir aux objectifs légaux de recyclage. Et bien sûr diminuer les déchets du bâtiment par l’instauration d’une production locale et donc de cycles courts. Pour le bâtiment, la Corse dispose de ressources certaines : pierre, bois.
La commande publique sera déterminante et nous nous engageons à activer ce levier.
Pour la pierre, nous disposons de calcaire, granit, schiste, mais la carrière de Brando a fermé en 2014, celle de calcaire à Bonifacio en 2019, celle de lauzes à Ped’Orezza est en fin d’autorisation d’exploitation. La reconstruction d’une filière adaptée aux productions modernes est possible par une commande publique correctement fléchée : la réalisation de petits bâtiments publics démonstrateurs par exemple, puis par une commande plus importante (lycée, collège, bureaux). Le travail de l’architecte Gilles Perraudin, qui a relancé la production en pierre massive en Languedoc-Roussillon, en est un bon exemple. Il a notamment réalisé en calcaire le musée du vin de Patrimonio. (http://www.perraudinarchitectes.com/projets/mavin/mavin.html)
Dans le domaine du bois, il y a évidemment le pin Laricciu, qui couvre 21.000 ha de la surface de l’île. Ses atouts :
•    De grandes qualités structurelles : les essais du FCBA en 2013 ont montré des qualités mécaniques supérieures aux essences équivalentes.          
•    Plus de 30 % des surfaces de Laricciu sont accessibles à l’exploitation avec une distance de débardage inférieure à 200 mètres.
•    La moitié environ de la surface est publique.
•    Une certification en cours par l’ODARC : Lignum Corsica qui permettra d’introduire l’exigence de cette appellation dans les cahiers des charges.
La CDC doit contribuer à constituer le marché dont a besoin l’ensemble du secteur. La réalisation de bâtiments publics à base de production locale aurait également valeur de symbole et d’incitation pour les bâtiments privés. Un concours d’architecture pour élaborer un cahier de modèles « bâtiments bois pour la Corse », en fonction des différents usages, devra être lancé rapidement.
Voir les points 4.3 et suivants, ainsi que le focus N° 2 : filière bois, Legnu nustrale

Patrimoine      
10. La loi de 2002 a permis de territorialiser les politiques patrimoniales par un transfert de compétences spécifiques à la Collectivité de Corse, en particulier la charge du financement. L’enchevêtrement des compétences, notamment du fait de la tutelle conservée par l’État avec contrôle scientifique relevant toujours de la DRAC, en sous-effectif, limite considérablement les projets. Une autonomie dans le domaine est-elle envisageable pour permettre à la CdC d’assumer son rôle de chef de file en matière d’action patrimoniale à l’échelle de la Corse ?
Elle doit être intégrée dans la discussion plus générale d’un cadre d’autonomie, nous nous y engageons.

Lire la tribune de Martine Bedin

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