Le constat est sans appel : 75% de la biodiversité cultivée a disparu en un siècle (source FAO). Et les ¾ de l’alimentation mondiale reposent sur 12 espèces végétales.
La réappropriation des semences paysannes par les acteurs et actrices de notre système agricole et alimentaire est primordiale. Ces graines participent à la construction de notre rapport à la nature. Elles représentent un véritable patrimoine de diversité génétique dont l’être humain a un besoin impérieux. Et rappelons ici qu’une graine n’a pas d’avenir sans un sol vivant.

Les Semences Paysannes :
• présentent une diversité génétique qui permet de restaurer, conserver et accroître l’exceptionnelle biodiversité locale 
• s’adaptent mieux aux changements climatiques qui se font de plus en plus présents         
• sont souvent plus résilientes face aux maladies et ravageurs
• fournissent des produits plus goûteux et plus nutritif
• deviennent adaptées à chaque territoire (renforçant par là même son immunité) 
• sont libres de droits et reproductibles 
• participent à l’autonomie économique des paysans.

Ainsi la biodiversité cultivée reste au cœur de notre autonomie alimentaire future. C’est de surcroît une clé de l’appropriation du vivant et du cognitif. Il s’agit ni plus ni moins de produire une intelligence collective nécessaire à notre survie, par l’adaptation des plantes alimentaires au phénoménal défi du climat de demain.
En Corse la dynamique d’un Conservatoire territorial de graines conjuguera les objectifs suivants :
• Préserver la biodiversité cultivée
• Valoriser le terroir culinaire
• Promouvoir la transition agroécologique.
Les leviers sociotechniques sont multiples:
• Choix des modèles technico-économiques des maraîchers ;
• Disponibilité effective de variétés productives et résilientes ;
• Opinion des conseillers et autres acteurs vis-à-vis des variétés (cf critères d’évaluation) ;
• Besoin en formation sur les savoir-faire semenciers ;
•Mise en place d’une « vigilance foncière » créative.

D’autres propositions sont à étudier, comme celles de « A Mossa Paisana » : centrale d’achat publique territoriale, label fermier corse, banque publique d’investissement en lien avec l’ODARC.
La Corse dispose d’une géographie exceptionnelle ; pourtant elle importe 95% de son alimentation. Il manque des fruits et légumes en Corse ? Cultivons-les ensemble !
L’agriculture insulaire doit retrouver son rôle sociétal fédérateur. Le savoir local est un enjeu planétaire, et co-évoluer intelligemment avec la biodiversité ne pourra se faire  que par la mise en œuvre d’un nouveau rapport sociétal à la nature. Tout animal politique dépend d’elle.
Défendre le vivant, c’est défendre l’habitabilité du monde. Considérons l’urgence de ralentir et gardons-nous bien d’aller vers l’écologie par la souffrance. Identifions ensemble des leviers de joie.

Préserver l’identité de la Corse et son imaginaire
Il s’agit bien de réinventer « a terra di u cumunu », de semer des graines et de planter des arbres, si l’on souhaite réellement laisser à nos enfants la possibilité de vivre dignement dans les prochaines décennies. Acter cela, c’est préserver l’identité de la Corse, et son imaginaire.
Alors que transmettre aux enfants aujourd’hui, pour assurer une autonomie alimentaire locale demain ?
Tout d’abord reconnaître, en termes pédagogiques, l’interdépendance vitale comme fondement concret de toute pensée, politique et action. Les enfants méritent mieux que de lointaines tomates édulcorées ou un label agricole « HVE » nivelé par le bas. Ce sont à la fois la méthodologie de la permaculture et l’ingénierie de l’agroforesterie qui produiront l’abondance.

Le rôle de l’école
Ensuite, libérer la cantine de sa dépendance industrielle. L’Ile de beauté détient le potentiel pour asseoir sa souveraineté alimentaire, et elle peut notamment commencer par une institution-clé : l’école. Refaire société par le jardin, en quelque sorte, pour éloigner la déshérence des villages.
Bien sûr cela ne se fera pas du jour au lendemain ; les Corses devront faire des choix critiques et clarifier un projet politique à partir de la finitude du territoire. Cela implique sans doute de redistribuer les alliances politiques entre les usages de la terre. La biodiversité pourra alors devenir la variable centrale des politiques d’adaptation.
Certes la question du foncier reste délicate ; mais une nouvelle intelligence émotionnelle est possible. La communication non-violente sera à cet égard un outil précieux.

Une manière de faire bouger les lignes serait par exemple de :
• Conférer autorité à la CDC pour préempter certaines terres « manifestement inexploitées », et les convertir en surface agricole cultivable.
• Donner à Terre de Liens les moyens d’exercer sa raison d’être, en responsabilisant les citoyens dans la gestion des sols.
Cette double initiative constituerait une formidable innovation sociale, que notre époque mérite. Transformons le paysage, pour un temps donné…et pour donner le ton. 

Charles Hermier, co-listier

Recommended Posts